Les Veilleurs de
Cœurs Landais
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L’ACTION SILENCIEUSE DE LA CHARITÉ FACE AU FROID DU MONDE

Il est des gestes qui ne font aucun bruit.

Ils ne traversent pas les plateaux de télévision.

Ils ne remplissent pas les journaux.

Ils ne donnent lieu à aucune cérémonie.

Et pourtant, ils portent parfois davantage d’humanité que de longs discours.

Depuis la naissance des Veilleurs de Cœurs Landais, une conviction nous accompagne : la détresse humaine ne doit jamais devenir une simple abstraction.

Derrière chaque situation, il y a un visage.

Derrière chaque visage, une histoire.

Et derrière chaque histoire, une personne dont la dignité ne peut être oubliée.

Un manteau contre le froid

Notre première action fut d’une simplicité presque désarmante.

Offrir un manteau à un homme sans abri.

Rien de spectaculaire.

Aucun dispositif compliqué.

Aucune grande déclaration.

Un homme avait froid.

Nous avions la possibilité de lui apporter un peu de chaleur.

Nous l’avons fait.

Mais ce manteau représentait davantage qu’un vêtement.

Il disait silencieusement :

« Je vous ai vu. Vous existez. Votre souffrance ne m’est pas indifférente. »

Je pense alors à cette parole du Christ :

« J’étais nu, et vous m’avez habillé. » (Mt 25, 36)

Ce jour-là, nous n’avons pas changé le monde.

Nous n’avons pas résolu la question du sans-abrisme.

Nous avons simplement accompli ce qui était à notre portée.

Et parfois, la charité commence exactement là.

Une mère, un enfant, et le devoir de protéger

Une autre situation nous a confrontés à une détresse différente.

Une mère et son jeune enfant avaient besoin de retrouver un environnement sûr face à une situation de menaces et de violences.

Il ne s’agissait plus seulement d’écouter.

Il fallait accompagner.

Soutenir.

Aider à accomplir les démarches nécessaires auprès de la gendarmerie.

Participer concrètement à un changement de lieu de vie.

Être présents lorsque la peur rend les gestes les plus ordinaires particulièrement difficiles.

Nous avons agi dans les limites de notre rôle, en reconnaissant pleinement la compétence des autorités et des professionnels chargés de la protection des personnes.

Car un Veilleur ne se substitue ni à la justice, ni aux forces de l’ordre, ni aux services sociaux.

Il peut cependant devenir ce premier regard, cette présence rassurante, cette main tendue qui aide une personne à rejoindre les protections dont elle a besoin.

Je ne souhaite pas exposer davantage cette histoire.

La discrétion fait partie de notre engagement.

Une personne que nous accompagnons n’est jamais un récit dont nous serions propriétaires.

Sa dignité et sa sécurité passent avant notre désir de témoigner.

Ces jeunes dont la souffrance ne fait aucun bruit

Une autre mission nous tient particulièrement à cœur.

L’écoute des jeunes en détresse.

Certains traversent une solitude profonde.

D’autres vivent des conflits familiaux, des inquiétudes ou un sentiment d’abandon.

D’autres encore ne trouvent plus les mots pour exprimer leur souffrance.

Nous ne prétendons pas connaître à l’avance leurs blessures.

Nous ne voulons pas davantage leur imposer une interprétation spirituelle de ce qu’ils traversent.

Nous voulons d’abord les écouter.

Sans jugement.

Sans précipitation.

Sans promesse que nous ne pourrions tenir.

Puis, lorsque cela est nécessaire, les aider à rejoindre les professionnels, les associations et les dispositifs compétents.

Notre foi peut nourrir notre disponibilité, mais elle ne doit jamais devenir une condition pour recevoir notre aide.

Et lorsque nous invoquons saint Raphaël, compagnon et guide dans le livre de Tobie, nous lui confions ces chemins humains si fragiles.

Nous demandons à Dieu de nous donner le discernement nécessaire pour accompagner sans nous substituer, soutenir sans dominer et espérer sans promettre l’impossible.

Nous ne sommes pas des sauveurs

Il me paraît essentiel de le rappeler.

Les Veilleurs de Cœurs Landais ne sont pas une institution de secours.

Nous ne sommes ni des thérapeutes par vocation associative, ni des enquêteurs, ni des autorités publiques.

Nous sommes des femmes et des hommes ordinaires qui refusent de considérer la détresse comme une affaire qui ne les concerne pas.

Nous ne promettons pas de résoudre toutes les situations.

Mais nous nous engageons à ne pas détourner le regard lorsque nous pouvons agir utilement.

Parfois, il s’agira d’écouter.

Parfois, d’accompagner une démarche.

Parfois, de contacter une association.

Parfois, d’orienter vers un professionnel.

Et parfois, simplement d’offrir un manteau.

La charité ne demande pas d’applaudissements

Je ne veux pas opposer notre engagement à celui des travailleurs sociaux, des associations, des soignants, des bénévoles ou des agents publics.

Beaucoup accomplissent quotidiennement, et souvent dans une grande discrétion, un travail remarquable.

Nous avons besoin les uns des autres.

La charité chrétienne n’est pas une compétition pour savoir qui accomplit le plus beau geste.

Elle est un service.

Et le service véritable ne demande pas que l’on admire celui qui donne.

Il demande que l’on regarde celui qui reçoit.

C’est peut-être là que commence l’humilité.

Mon examen de conscience

En écrivant ces lignes, je dois également m’interroger.

Lorsque je raconte ces actions, est-ce pour faire connaître une possibilité d’aide ou pour mettre en valeur notre association ?

Est-ce que je protège suffisamment la dignité des personnes accompagnées ?

Est-ce que je sais m’effacer lorsque d’autres sont mieux placés que moi pour intervenir ?

Est-ce que je demeure capable d’écouter sans vouloir immédiatement résoudre ?

Et surtout, est-ce que je reconnais encore le visage du Christ dans celui qui ne peut rien me donner en retour ?

Car l’Évangile ne nous demande pas de devenir les héros de la souffrance des autres.

Il nous demande de devenir leurs prochains.

Le monde change parfois dans un geste

Un manteau offert.

Une mère accompagnée vers la sécurité.

Un enfant protégé.

Un jeune écouté.

Quelques démarches facilitées.

Une orientation vers les personnes compétentes.

Voilà ce que peuvent être les Veilleurs de Cœurs Landais.

Pas une organisation qui prétend remplacer les autres.

Pas une structure qui promet l’impossible.

Mais une présence humaine, attentive et disponible.

Un Veilleur est une boussole sociale.

Il n’est pas nécessairement celui qui possède la solution.

Il peut être celui qui aide à retrouver le chemin vers elle.

Et si je devais résumer notre engagement en une seule phrase, je choisirais celle-ci :

« Nous ne changerons peut-être pas le monde entier, mais nous pouvons refuser qu’une personne demeure seule devant sa détresse. »

Car parfois, dans le froid du monde, la charité ne prononce aucun discours.

Elle tend simplement un manteau.

Révérend Père Jean Marie HEINTZ
Abbé Mitré
Église Anglo-Catholique d’Europe
Président de l’association Les Veilleurs de Cœurs Landais
Président de l’association Le Prieuré Saint-Martin, Apôtre des Gaules
Le Pèlerin Solitaire et Solidaire

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